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main pour Saint-Paul, dernière station des steamers qui remontent le Mississipi.

La petite ville de Galéna, chef-lieu d’un district minier, est bâtie sur les flancs d’une colline, qui domine l’étroite rivière nommée la Fèvre. Les maisons occupent des plateaux parallèles et superposés les uns au-dessus des autres. Cette disposition de la ville lui donne un aspect étrange mais pittoresque. De larges escaliers en bois unissent les différents étages de la ville et conduisent jusqu’au sommet de la colline, d’où la vue s’étend sur des campagnes boisées. Les quais sont couverts de saumons de plomb, provenant des riches mines des environs.

Le 17, à deux heures de l’après-midi, le chargement étant complet, nous quittons Galéna, mais nous avançons fort lentement sur la rivière de la Fèvre, encaissée entre deux collines boisées. Enfin, nous atteignons le Mississipi, le plus grand fleuve de l’Amérique septentrionale. Né dans le lac Hasca, à six cents mètres au-dessus du niveau de l’océan, ce grand cours d’eau va se jeter dans le golfe du Mexique, après avoir parcouru cinq mille quatre cents kilomètres. On comprend que les Indiens aient appelé ce fleuve Meschacébé, le vieux père des eaux. Il peut avoir deux kilomètres de largeur devant la ville de Dubuque, où la Fèvre se perd dans son cours.

Dans la saison où nous étions, ses eaux sont basses ; aussi avait-on souvent recours à la sonde, et il fallait sans cesse passer d’une rive à l’autre pour suivre le chenal le plus profond. En outre, le bateau plat que nous remorquions retardait notre marche. On s’arrêtait fréquemment devant des hameaux composés de quelques maisons, ou bien pour prendre le bois de chauffage nécessaire à notre machine.

À chaque instant, les rives du fleuve changent d’aspect, tantôt elles sont plates et boisées, tantôt elles s’élèvent droites comme des murailles, et les rochers forment des ruines de forteresses gigantesques. Le cours du Mississipi est embarrassé de nombreuses îles couvertes d’une épaisse végétation. Mais on ne peut rien comparer à la vue magnifique offerte par la prairie du Chien, située on amont du confluent du Wisconsin avec le grand fleuve.

La prairie du Chien. — Dessin de Paul Huet d’après M. Deville.

Des plaines immenses et les lointains profils des montagnes s’harmonisent ici avec une gracieuse grandeur qui caractérise bien l’Amérique telle que je la rêvais. À cet endroit, le fleuve prend une telle extension qu’on se croirait sur un lac.

Pendant la soirée, j’entendis plusieurs passagers s’écrier :

« Un homme à l’eau ! »

On arrêta un instant le steamer, mais-rien ne parut à la surface du Mississipi.