Page:Le Tour du monde - 03.djvu/316

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parle couramment cinq ou six langues, ce qui lui permet de mettre à la disposition des Anglais, des Russes, des Allemands, des Français et des Italiens dont il fait la rencontre, son zèle, sa vaste érudition et son bavardage. incessant. Pour le moment, une famille moscovite était suspendue à sa parole prodigieusement prolixe. Nous l’avions déjà vu dans le jardin botanique de Coïmbre, et plus tard nous devions subir encore sa loquacité dans la Giralda de Séville et au Généralife de Grenade. Gros, actif, empourpré, tout en marchant, courant, soufflant, gesticulant, criant, écumant, il débite avec une extrême volubilité les dates, les origines, les incidents gros et menus, les conséquences directes et indirectes, les déductions forcées ou complaisantes, les relations bien ou mal digérées des milliers de faits qui encombrent sa mémoire.

Porte du château de la Penha de Cintra. — Dessin de Thérond d’après une photographie de M. Lefèvre.

À propos de la Péninsule, personnages, arts, politique, chiffres, administration, légendes, histoire, anecdotes, traditions, cancans, commérages, il sait tout. Il s’appelle Bailly, et montre à tout propos des papiers établissant d’une manière irréfragable qu’il est petit-neveu de l’ancien maire de Paris de ce nom.

Sans nous arrêter à de nouvelles descriptions, arrivons d’un bond à Santarem, sur les rives de ce Tage fameux, dont les poëtes ont prôné à qui mieux mieux les ombrages aromatiques, le miel parfumé, les charmes bucoliques et les grâces arcadiennes.

Le fait est que la rivière ne mérite pas la couronne de fleurs que Silius Italicus et après lui les romanciers et les faiseurs de ballades lui ont tressée. Santarem, la Scabilis des Romains, s’est fait d’une montagne un oreiller ; le corps adossé au rocher, la cité étend nonchalamment les jambes en deux rangées de maisons, le long du Tage, laissant tremper ses pieds dans l’eau, au moins jusqu’à la cheville. La tête s’appelle Maravilha (Merveille), et de là le regard devine à l’horizon les sept collines de Lisbonne. Le reste se nomme Ribeiro et Alfange ; en tout trois bairos (quartiers). La ville est mal construite, mal percée, mal pavée, et le corps, la tête et les membres vaudraient tout au plus un regard si en haut, à l’occiput, ne perçait le contour ébréché d’un vieux mur, avec des restes de guérites en pierre aux angles. En suivant avec attention ces ruines, on retrouve les vestiges de quelques portes, de celle entre autres appelée Tamarma, par laquelle Affonso ier, vainqueur des Almoravides pénétra dans la place.

Il faut en passant noter le couvent de Graça, fondé par le comte de Ourem : le couvent de San Francisco, où reposent D. Fernando ier, la reine Constança, et le comte de Conde : l’église des Jésuites, ornée de mosaïques, et un édifice arabe, la torre do Alorao, transformée en église sous le vocable de Nossa Senhora de Alporao, nom qui rappelle l’origine du monument, confirmée d’ailleurs par le caractère de l’architecture.

Quand on a vu tout cela, on connaît Santarem.

Nous partons le 13 de bonne heure. Nous passons auprès d’une ligne de chemin de fer en construction, et après avoir cheminé de coteaux en coteaux pendant plus de trente kilomètres,