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pouvoir accordé passagèrement à leur père. De là les deux partis qui divisent encore aujourd’hui le Fouta et que le tableau généalogique suivant peu tservir à expliquer aux historiens futurs :

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Sori Ibrahima, le premier almamy, régna trente-trois ans. Entre sa mort et l’avénement d’Oumar, qui comptait déjà quatorze ans de règne en 1860, s’étend un espace de vingt-huit années. La révolution qui changea la face du Fouta-Djalon et lui donna le premier rang parmi les puissances de l’Afrique occidentale, date donc de la même époque que celle qui renouvela la société française.


Je deviens médecin et je sauve mes malades ! — La vipère de Fouta. — Funérailles. — La saison des pluies et la fièvre. — Fête des semailles. — Don solennel d’un cheval et ses tristes conséquences. — Ma promotion à la dignité de cordonnier de la cour.

Les liens de mon intimité avec l’almamy furent resserrés par quelques services que ma caisse de pharmacie, bien plus que ma science, me permit de rendre dans sa maison.

Types et portraits. — Dessin de Hadamard d’après M. Lambert.

Le 4 mai, dans l’après-midi, étant allé pour le voir, il me fit dire qu’il ne pouvait me recevoir, à cause de la maladie grave qui venait de frapper une de ses femmes.

J’insistai, et je lui fis répondre que je me connaissais un peu en maladies, et que je pourrais peut-être apporter quelque soulagement aux souffrances de sa femme. Il me fit un accueil très-cordial, me prit la main et me conduisit ainsi jusqu’à la case de la malade. Cette malheureuse avait le délire ; sa tête était brûlante, son pouls fortement agité. Elle était dans cet état depuis son arrivée de Timbo. C’était donc une fièvre cérébrale ou pernicieuse. Je lui tâtai gravement le pouls, avec l’aplomb d’un médecin endurci dans le métier. J’ordonnai sur-le-champ des frictions de quinine, et lui fis avaler en même temps une assez forte dose de ce spécifique. Mais comme elle était réellement en danger, j’eus soin, avant de lui administrer ce remède, de prévenir l’almamy que, si un malheur arrivait, il ne devrait s’en prendre qu’à la violence du mal. Il se résigna d’avance. Quand le remède eût été administré, il m’emmena dans sa case, où nous causâmes quelque temps. Il me fit voir une femme de sa maison, mère d’une petite Albinos blanche comme du lait, et qui n’avait de rouge que les yeux. Il me demanda, en riant, ce que je pensais de ma petite sœur. Je lui dis que nous n’étions pas de même race, et je lui expliquai comment cette particularité est le résultat d’une défectuosité organique que l’on observe aussi quelquefois chez les Européens.

Il me pria de revenir, après dîner, voir sa femme, et lui donner une potion qui pût la faire dormir, car depuis plusieurs jours elle n’avait pas fermé l’œil. Je le lui promis, et je revins en effet, muni de quelques gouttes de laudanum ; mais les frictions et le quinine avaient rendu ce dernier remède inutile : la malade dormait profondément. Je fis voir à Oumar ma caisse de médicaments ; je lui expliquai l’usage de chacun, et je m’engageai à lui en laisser une partie. Bien qu’il ne m’eût adressé aucun remerciement, je vis combien le soulagement que j’avais procuré à sa femme le rendait heureux. Il me prit