Page:Le Tour du monde - 03.djvu/4

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réels, sobre, contemplative, où l’homme n’a qu’à prendre la peine de vivre. En Occident, la vie est un travail ; en Orient, un repos.

Au lieu du rendez-vous, l’Arabe nous attendait, assis à côte de son cheval, qui paissait en liberté ; c’était un des plus nobles animaux du désert.

« Las salam aleik (je te salue), dit-il gravement à l’Anglais.

— Quel est le prix de ton cheval ? demanda celui-ci par l’intermédiaire de M. Lascaris.

— Dieu seul le sait, dit l’Arabe ; jette sur ce manteau le prix que tu en offres. »

Trente mille piastres tombèrent au pied de l’Arabe impassible, puis dix mille, et dix mille encore ; les yeux du vendeur s’allumèrent à la vue de ce trésor ; dix mille autres piastres tombèrent : l’Arabe était vaincu.

« Allons, dit-il en s’approchant du cheval, il faut nous séparer. »

L’Anglais préparait avec flegme un licol de soie, l’Arabe étouffait : j’étais ému de cette muette douleur.

Tout à coup l’intelligente bête, flairant son nouveau possesseur, fit un brusque écart qui le rapprocha de son maître, et poussa un hennissement douloureux.

D’un bond l’enfant du désert fut en selle.

« Adieu, dit-il, vos trésors ne remplaceraient jamais mon seul ami. »

Vue de Tripoli en Syrie. — Dessin de Grandsire d’après M. E. A. Spoll.

Et il disparut dans un tourbillon de poussière aux yeux de l’Anglais stupéfait.

« Stioupide ! »

Telle fut l’expression des regrets de l’insulaire.

Nous reprîmes en silence le chemin de la ville.


Maronites, Druses et Mutualis. — Le Nahr el Kelb. — L’aqueduc de Fakr el Din.

Le lendemain, je me rendis chez M. Lascaris, qui m’avait invité à déjeuner. Le plan de la journée fut vite arrêté : nous devions aller visiter l’embouchure du Nahr el Kelb[1] et le bel aqueduc de l’émir Fakr el Din, en passant par les fortifications extérieures.

Je savais mon hôte fort érudit ; aussi n’hésitai-je pas à lui demander quelques détails sur les Druses, Maronites et Mutualis, dont les noms reviennent si souvent à l’oreille, et sur-lesquels j’étais honteux de n’avoir pas encore de données plus certaines.

« Il faut en premier lieu vous faire remarquer, me dit M. Lascaris, que cette confusion, cette diversité de langages et de costumes qui vous ont tant surpris, exis-

    teur. Cette corne est en argent ciselé, quelquefois en bois ; elle soutient un long voile qui, rejeté en arrière, tombe sur les épaules.

  1. Fleuve du chien.