Page:Le Tour du monde - 03.djvu/93

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de cent jeunes Chinois. La rareté des domestiques dans la colonie avait donné l’idée à un capitaine anglais de recruter autant de Chinois que son navire pouvait en porter, et arrivé à Melbourne il avait averti les colons par les feuilles publiques qu’il tenait des domestiques à leur disposition ; il n’exigeait que le remboursement du prix du passage, que les maîtres pourraient ensuite retenir sur les gages futurs.

Mon frère se trouvait en ville dans ce moment-là. Étant en relation d’affaires avec celui chez qui le navire était consigné, il y rencontra ce capitaine Croquemitaine, auquel il demanda des détails sur sa cargaison. Celui-ci, remarquant que mon frère avait une physionomie bienveillante, et apprenant qu’il était dans une heureuse position de fortune, lui fit l’éloge le plus pompeux d’un de ses Chinois, auquel il prenait, disait-il, un intérêt particulier, parce que celui-ci l’avait aidé à maintenir l’ordre sur son navire pendant la traversée. Son protégé avait un frère plus jeune que lui et il leur avait promis de ne pas les séparer. Il les recommanda tous les deux si chaudement que mon frère s’engagea à les prendre à son service. Le même jour ils lui furent présentés, et ces pauvres enfants, dont l’aîné avait dix-huit ans et le plus jeune quinze ou seize (ils paraissaient encore plus jeunes que leur âge), signèrent, par un traité qu’ils ne pouvaient comprendre, une promesse de servir pendant six ans leur nouveau maître, moyennant un salaire de dix livres sterling par année.

Émeu ou Dromée (Casoar d’Australie) (voy. p. 94). — Dessin de Rouyer d’après nature.

Il y avait plus de quatre ans qu’ils étaient à Yéring quand j’y arrivai. Typoon était valet de chambre et cuisinier tout à la fois ; son frère Tsi-ma ou Tschimma avait le soin de la laiterie. Au moyen de quelques mots chinois qu’on avait adoptés d’eux, de quelques mots français et de beaucoup de mots anglais estropiés, nous