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fin de cette année 1856 ou au commencement de 1857 ; d’après les rumeurs qui paraissent avoir le caractère le plus authentique, il aurait été mis à mort peu de temps après par ordre du sultan. C’est une grande perte pour la géographie africaine. Bon astronome en même temps que botaniste, Vogel avait tout ce qu’il fallait pour continuer dignement les vastes explorations de Barth et de ses premiers compagnons, et aussi pour les compléter utilement par une série de bonnes déterminations astronomiques. Ce que l’on a reçu en Europe de ses notes et de ses observations a fourni, quoique incomplète, une addition précieuse aux travaux de la commission dont le docteur Barth a publié la volumineuse relation.

Le but de l’expédition actuelle n’est pas seulement de s’assurer du sort de Vogel par des informations exactes, et aussi de recouvrer, s’il est possible, ses notes et ses papiers ; on veut reprendre sa tâche interrompue, et continuer, pour la vaste région située entre le Tchad et le Nil, ce que Barth a fait entre le Tchad et Timbouktou. C’est une entreprise faite pour émouvoir vivement tous ceux qui prennent intérêt à la géographie de l’Afrique. Trois ans y doivent être consacrés. M. de Heuglin, qui en a la conduite, a tout ce qu’il faut pour la mener à bonne fin. Une résidence de sept années à Khartoum, comme vice-consul d’Autriche, l’a familiarisé tout à la fois avec le climat du Soudan et avec la langue arabe. Plusieurs courses intéressantes sur les confins de l’Abyssinie et dans les parages de la mer Rouge l’ont fait connaître comme naturaliste et comme observateur.

Un corps tout entier de savants est d’ailleurs attaché à l’expédition. L’astronomie, la physique, la géologie, la botanique, l’ethnographie, y sont dignement représentées. L’Allemagne tout entière, sur l’initiative des géographes de Gotha et de Berlin, a voulu concourir à cette grande exploration et lui donner un caractère national ; dans la souscription qui en a couvert les frais, on voit figurer l’humble denier du pauvre et de l’artisan à côté des offrandes royales. L’expédition s’est embarquée à Trieste au mois de février ; elle a séjourné plusieurs mois à Alexandrie et au Caire, et est arrivée de Suez dans les derniers jours de mai. Les dernières lettres sont de Massaoua, le port de l’Abyssinie, et datées du 19 juin.


VIII

Explorations du nord-ouest de l’Afrique. — Possessions françaises. — Sahara algérien. — Sénégal. — Grand désert.

L’Afrique est si vaste et ses lacunes encore si nombreuses, qu’en dehors de ces deux grands foyers de découvertes, la région des sources du Nil et le Soudan oriental, les explorateurs y peuvent trouver bien d’autres champs d’étude. Dans la région de l’Atlas, notre compatriote Henri Duveyrier poursuit depuis deux ans l’exploration scientifique du Sahara algérien, dont il s’attache surtout à fixer les points principaux par de bonnes déterminations astronomiques, à constater le relief par des observations barométriques, à étudier la nature, la constitution physique et les populations. La relation dont M. Duveyrier travaille ainsi à réunir les éléments sera sans aucun doute, dans des limites comparativement restreintes, une des plus riches et des plus importantes que nous ayons sur aucune région de l’Afrique (livr. 90).

Au Sénégal, l’administration de M. Faidherhe, qui vient d’être l’objet d’un regrettable changement, laissera un profond et durable souvenir. Depuis de longues années, aucune de nos possessions coloniales n’avait été régie par une main aussi ferme, par une intelligence aussi active et aussi élevée. Une suite non interrompue d’opérations de guerre, de traités, de missions politiques, a étendu nos possessions, affermi notre influence, agrandi et consolidé le cercle de nos relations commerciales. En même temps que durant sept années, de 1854 au milieu de 1861, le colonel Faidherbe a poursuivi ce double but politique et commercial avec un succès continu, il n’a jamais oublié non plus les intérêts de la science. Des recherches personnelles sur les rapports d’origine des principales tribus du Sénégal ont montré quel prix le colonel attachait à cet ordre d’études, et combien lui-même était capable d’y contribuer. Aussi toutes les missions qui ont eu lieu durant ces sept années pour les intérêts de la colonie ont-elles un côté scientifique très-remarquable ; et de plus, chose assez rare dans nos administrations pour être signalée, les résultats de ces missions propres à avancer nos connaissances ont tous été publiés. On a pu lire ici même, dans le Tour du monde, l’attachant récit que le lieutenant Lambert a donné de sa mission au Fouta-Djalon ; plusieurs autres relations d’un non moindre intérêt nous ont fourni des informations aussi neuves qu’importantes sur les parties occidentales du Sahara habitées par différentes fractions des tribus berbères ou arabes (les Maures, comme nous les nommons indistinctement), au nord du bas Sénégal. Nous avons eu ainsi d’excellents morceaux du regrettable lieutenant Pascal sur le Bambouk, du capitaine Vincent sur l’Adrar, du lieutenant Mage sur les Douaïch, d’un noir de Saint-Louis, Bou-el-Moghdad, sur son voyage de Saint-Louis au Maroc, de l’enseigne de vaisseau Bourrel sur le pays des Brakna. C’est, on peut dire, un chapitre tout entier ajouté à la géographie africaine.


IX

Afrique australe, au sud et à l’ouest de la région des grands lacs.

Outre les courses de Krapf et de Rebmann, et les mémorables expéditions de Burton et de Speke, des explorations riches en grands résultats ont eu lieu récemment ou se poursuivent encore en diverses parties de l’Afrique australe. Le révérend docteur Livingstone a entrepris un second voyage dans le bassin du Zambézi, dont il a le premier, en 1855, exploré les parties supérieures. M. Charles Andersson, dont les premières courses dans ces régions du sud eurent aussi, il y a huit ans, un grand retentissement, y a fait également, de 1857 à 1859, un second voyage dont il vient de publier la relation[1].

  1. The Okavango River. London, 1861, un volume.