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Plaza de armas, à Guadalajara (p. 268). — Dessin de Rouargue d’après Niebel.


VOYAGE AU MEXIQUE,

PAR M. E. VIGNEAUX[1].
1854-1855. — TEXTE INÉDIT.




Départ de Tépic. — Atascaderos. — Jalisco. — San Leonel. — Le monte de Los Cuartos. — Santa Isabel. — Teticlan. — Indiens Pintos.

Au delà de Tépic, le pays est accidenté ; la route n’est tracée que par l’usage ; défoncée en maints endroits par les pluies de la saison, elle présente des flaques d’eau bourbeuses appelées atascaderos, mot énergique qui désigne une place où on est absolument forcé de s’embourber, ce dont nous nous apercevons bien. Le petit village del Platanar se trouve sur notre route, caché dans les larges feuilles des bananiers (platano) auxquels il emprunte son nom. À quelque distance de là, nous débouchons dans une vallée d’un décor saisissant et nouveau. Ce sont des montagnes aux revers allongés qui viennent se fondre ensemble en une courbe douce ; la teinte générale est d’un roux fauve, sans ombres ni nuances ; il semble qu’Hercule ait étendu là, pour y faire son lit, la peau gigantesque du lion de Némée ; pas un arbre, pas une pierre, pas un ravin, pas une barrière, pas une maison, rien, en un mot, pour faire valoir les vastes proportions de cet amphithéâtre dont les parois semblent être à la portée de la main. Cependant Pesquera, l’ayudante, me fait voir dans la vapeur dorée de l’éloignement un bouquet d’arbres que domine un clocher ; c’est la ville de Jalisco. Ce simple repoussoir suffit pour rectifier mes notions d’optique et me faire comprendre que j’ai devant les yeux une scène immense, dont l’étrangeté me poursuit encore de souvenir.

Jalisco ou Xalisco, du radical xalli, sable, était le nom donné par les Indiens, avant la conquête, à cette région aride. La ville de ce nom est réputée le point le plus sain des environs, et c’est un séjour de convalescence pour les malades de Tépic, dont elle n’est éloignée que de quatre

  1. Suite. — Voy. page 241.