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cartulaire de l’abbaye cistercienne de pontigny.

Convers et serviteurs.

Pour entretenir et mettre en valeur le domaine agricole qui entoure les granges, l’abbaye fait appel à des convers[1]. Nous en voyons apparaître quelques uns dans les actes comme témoins, mais, comme ce sont souvent les mêmes noms qui reviennent au bas des actes, il nous est impossible par le cartulaire d’évaluer leur nombre[2]. Il nous est tout aussi difficile de voir leur lieu de recrutement la plupart du temps les textes ne donnent que leurs prénoms, et même lorsque figure un nom de lieu, encore faut-il admettre qu’il est bien celui du lieu d’origine du convers. Si l’on l’admet, sur le petit nombre d’exemples que nous possédons l’on peut dire qu’ils semblent être recrutés dans les alentours ou tout au moins la région dans laquelle s’est installée l’abbaye[3]. Deux actes nous livrent leur profession dans l’un, un nommé Thibaud est porcher dans l’autre le dénommé Gautier est berger[4].

Les listes de témoins nous laissent aussi entrevoir la place qui est la leur dans la hiérarchie d’un monastère cistercien. A leur tête se trouve le maître des convers ou cellerier[5], qui dans certains actes témoigne avant les convers[6] ceux-ci dans les listes de témoins viennent toujours après les moines[7]. Mais leur condition est supérieure à celle de certains laïcs qui, dans les granges travaillent à côté d’eux ce sont les servientes, les famuli ou les familiares que l’on rencontre dans les textes. Ces hommes, que certains historiens ont assimilés aux oblats de la familia bénédictine[8], sont bien moins favorisés que les convers, comme nous le voyons dans un accord que Pontigny passe en 1155 avec l’abbaye de Vauluisant : les convers qui ne respecteraient pas cette convention, sont menacés d’être mis à l’eau et au pain, tandis que les laïcs risquent le fouet et l’expulsion[9].


Défrichements et désertification.

Tous ces hommes effectuent les travaux nécessaires à l’entretien de chaque unité agricole. En particulier, c’est à eux qu’échoient le défrichement des bois qui ont été donnés à l’abbaye et le labourage des terres incultes[10]. Quelques mentions de ces travaux se trouvent dans le cartulaire, et surtout à l’occasion de certaines contestations avec des donateurs il ne faut pas oublier que bien souvent les seigneurs, grands chasseurs, n’étaient guère favorables à la mise en culture par les moines des zones boisées qui étaient de vraies réserves de gibier André de Venisy, par exemple, précise dans une charte de 1184 que les moines de Pontigny ne pourront essarter le bois Saint-Pierre sans sa

  1. Canivez, Statuta…, t. I, p. 14, n° VIII
  2. nos 29, 44, 45, 62, 94, 129, 341.
  3. Ex. : n° 29 (Humbertus de Burs).
  4. nos 29, 62.
  5. Canivez, Statuta…, p. 29
  6. N° 34.
  7. nos 44, 45.
  8. U. Berlière, La familia, dans Mém. de l’Acad. royale de Belgique, Classe des lettres, 2e série, t. 29, 1931, p. 80.
  9. N° 34.
  10. Voir nos 27,59,77,85.