Page:Leblanc - Ceux qui souffrent, recueil de nouvelles reconstitué par les journaux de 1892 à 1894.pdf/150

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Ne vaut-il pas mieux mourir en pleine illusion ?

L’avant-veille du grand jour, ils dînèrent au cercle. Le repas fini, un groupe se forma autour d’une table chargée de liqueurs. On causa femmes.

Dalvéne prit un cigare, l’alluma et, se renversant sur son fauteuil, dit :

— J’en ai une charmante depuis un mois. Il faudra que je vous la présente. Ce qui m’amuse, c’est que j’ai remplacé un jeune homme qu’elle prétend être de mes relations et dont elle se refuse à me révéler le nom. Le malheureux ne cesse de la poursuivre de ses lettres. Cela me rend très fier, à mon âge…

— Elle est jolie ?

— Adorable… une petite figure de gamine, une masse ébouriffée de cheveux un peu roux et une âme d’enfant gâtée. Pas dépensière, d’ailleurs… elle n’exige qu’un luxe… chaque jour une boite de bonbons…

Mauseny se leva, le visage décomposé :

— Et votre petite, sans doute, s’appelle Thérèse ?

Dalvéne parut stupéfait.

— Oui, Thérèse… comment savez-vous… Seriez-vous par hasard l’infortuné…