Page:Leblanc - Ceux qui souffrent, recueil de nouvelles reconstitué par les journaux de 1892 à 1894.pdf/168

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les mares miroitantes, les sentiers ombreux furent choisis comme témoins de nos serments et de nos protestations. La plus nette de ces réminiscences évoque une embrasure de fenêtre, le soir d’un bal. Adrienne est assise, moi debout. Nos yeux se mêlent. Nos cœurs battent. Solennellement nous nous fiançons. Elle ne sera qu’à moi. Je ne serai qu’à elle. Elle me tend son front. J’y pose un baiser et une larme.

Le lendemain Adrienne annonçait à ses parents l’heureuse nouvelle. Le surlendemain je me présentai. Vainement. La porte m’était fermée.

Je fus malade, en danger de mort, paraît-il. À peine convalescent, je reçus une lettre d’Adrienne, me conviant à un rendez-vous aux environs de la propriété où son père chassait en automne. Autre scène. Les feuilles tourbillonnent au souffle du vent. Les arbres craquent. On grelotte. Adrienne est en blanc, toute pâle. Elle me prend la main.

— Je vais vous causer un grand chagrin, mon pauvre ami, je vous demande de me rendre ma parole.

Je la regardai, haletant.

— Oui, dit-elle, mon père est mal dans ses affaires, il m’a supplié d’épouser M. Lamery qui seul peut le sauver.

Je n’eus aucune jalousie. Adrienne n’aimait certes pas cet homme disgracieux et de caractère désagréable. Je balbutiai :

— Et qu’avez-vous résolu ?

— J’attends vos ordres.

L’heure de l’immolation sonnait. Je m’immolai.

— Il faut obéir à votre père, c’est le