Page:Leblanc - Ceux qui souffrent, recueil de nouvelles reconstitué par les journaux de 1892 à 1894.pdf/175

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Ayons pitié des choses ! Ne dédaignons point d’en avoir pitié ! Autant et plus que les bêtes, elles nous sont utiles et amies. Aimons la terre d’où nous sortons et où nous rentrons. Aimons le feu qui nous réchauffe, l’eau qui nous désaltère, la pierre qui nous abrite. Aimons les plantes qui nous nourrissent, qui nous vêtent, qui nous guérissent, qui nous donnent les vins réconfortants, les odeurs enivrantes, les fruits exquis, la mort même, si nous voulons. Soyons-leur reconnaissants. Notre conservation et notre bien-être exigent que nous les détruisions ? Soit. Mais, du moins, ne leur faisons point de mal inutilement.

Chaque jour, des millions de fois par seconde et dans chacune de ses innombrables manifestations, la Nature se crucifie pour l’amour de ses enfants. Adorons-la donc, la grande, la bonne, l’unique divinité !

Et l’arbre souffrait. Et l’homme se moquait de sa souffrance.

C’était une vieille haine. Tout jeune, Loisel dégringolant du haut de l’arbre, s’était cassé la jambe. Depuis, il boitait légèrement.

De cette disgrâce physique, il en voulait au colosse comme à un être vivant,