Page:Leblanc - Ceux qui souffrent, recueil de nouvelles reconstitué par les journaux de 1892 à 1894.pdf/194

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En plein Caudebec, il eut une maîtresse !

Il la tira d’un café du Havre. Il l’établit dans une charmante maison, sur le quai, bien en vue. Scandale sans précédent, il l’afficha !

On n’en revenait pas. Il fit plus fort. Il entoura cette créature de tout le luxe imaginable. Elle connut les châles de l’Inde, les bottines mordorées, les éventails en plumes et les lunettes d’approche avec lesquelles on voit passer les grands bateaux. Finalement il bâtit des écuries somptueuses où logèrent un âne et un perroquet.

En outre, devant un groupe d’amis, il lui donna la maison qu’elle habitait et une grosse somme d’argent.

La médisance subit un arrêt. Qui signifiaient ces prodigalités ? On ne tarda pas à le savoir.

La maîtresse d’Abraham jouissait d’une âme sensible, de goûts modestes et d’une santé chancelante. Il en résulta qu’elle conçut pour son bienfaiteur une gratitude sans bornes, qu’elle réalisa d’importantes économies et qu’elle mourut, la quatrième année de leur liaison, léguant à son amant tout ce qu’elle possédait.

— Voilà donc le mot de l’énigme, s’exclama-t-on. Tout cela était combiné… Quel juif que ce Chien ! Calculer sur la mort d’une femme…

Que pouvait-il tenter désormais ? L’aventure de son mariage, elle-même, ne changea point sa réputation.