Page:Leblanc - Contes Heroïques, parus dans Le Journal, 1915-1916.djvu/15

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Le Portefeuille



— Et alors, demanda Renard, oùs qu’on va tous deux ?

Duvauchel répliqua :

— Guigne le p’tit bois qu’est collé à la crête devant nous. Le capiston m’a donné la consigne : « Fais-en le tour. Il faut savoir s’il y a des chemins et si on peut l’occuper. »

— Et les Boches ?

— Rien à craindre, qu’il m’a dit. Les Boches sont pas par là.

Duvauchel et Renard continuèrent à monter la côte, le fusil sur l’épaule, un mouchoir déplié sous leur képi. C’étaient dés poilus, hirsutes et farouches, l’air de bandits. Derrière eux, le village où leur compagnie venait de prendre ses cantonnements disparut.

On avait marché toute la matinée. La chaleur était lourde et le soleil mordait la peau, petits inconvénients auxquels Duvauchel et Renard commençaient à s’accoutumer. La soif pourtant, une soif ardente et tenace, les tourmentait. Et l’un d’eux soupira :

— Bon sang ! Qu’est-ce que tu dirais d’un amer-citron à l’eau de Seltz ?

— Et toi, d’une chopine de vin blanc ?

— Par malheur, pas d’auberge sur la route.

— Et pas de pognon dans la poche.

Au bout de quarante minutes, ils arrivèrent à la pointe de la colline, puis, tout en longeant le bois, ils descendirent en pente douce vers un carrefour qui s’ouvrait sur la lisière, à cent pas en avant.