Page:Leblanc - Contes Heroïques, parus dans Le Journal, 1915-1916.djvu/25

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Il m’observait d’un air d’inquiétude, comme un enfant qui a peur d’être en faute.

— Je ne sais pas… Il m’a semblé… sans doute ai-je eu tort, n’est-ce pas ?… J’ai pensé que les objets d’or, on les remplace… tandis que ça, mon capitaine… Ah ! non, l’idée de leur laisser ça entre les mains… l’idée qu’ils auraient pu la démolir ou l’emporter… non, mon capitaine, je n’ai pas pu…

J’avais la gorge serrée. J’ai vu bien des actes de courage, bien des soldats portant leurs camarades sur leur dos, bien des blessés soignant de plus blessés qu’eux. Mais rien peut-être ne m’a bouleversé plus profondément que l’héroïsme de ce petit gars de France faisant sa retraite tout seul, dans les ténèbres et parmi les balles, obéissant à un devoir qu’il ne peut pas comprendre, ployant comme un martyr sous le poids d’un fardeau trop lourd, bravant vingt fois la mort, et tout cela pour sauver quoi ? une vieille statue dont son instinct lui a révélé l’humble et naïve beauté.