Page:Leblanc - Contes Heroïques, parus dans Le Journal, 1915-1916.djvu/24

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— Mais c’est de la folie ! Qui t’obligeait ? Tes idées religieuses ?

— Non, non, mon capitaine, murmura-t-il, très embarrassé… non, je ne suis guère croyant…

— Alors ?

— Alors voilà… vous allez comprendre…

Il attira contre lui le paquet, coupa les ficelles, déplia la toile et en sortit une petite sainte en fort mauvais état, haute de trois quarts de mètre environ. C’était sainte Blandine.

Et il me dit, d’un air d’extase :

— Hein ! mon capitaine, qu’est-ce que vous en pensez ? Regardez-la. Est-ce beau ? Regardez le mouvement de la tunique… son attitude naïve… ses bras emprisonnés dans des liens… Comme elle est charmante ! Et l’ondulation de la chevelure ?… Et son pauvre sourire d’agonie ?…

J’étais stupéfait. Il contemplait la statue avec des yeux d’artiste qu’éblouit le spectacle de la beauté, et comme si, vraiment, il eût compris tout ce que la vieille sainte, usée par les siècles, contenait de grâce et de noblesse touchante.

Je l’interrogeai.

— Qu’est-ce que tu fais dans la vie ?

— Ouvrier, mon capitaine. Je travaille chez un ébéniste, au faubourg Saint-Antoine.

— Mais tu as suivi des cours ? des cours de dessin, de sculpture ?

— Non… non… répondit-il avec étonnement.

— Soit, mais on t’a indiqué…

— Indiqué quoi, mon capitaine ?

— Enfin, pour quelle cause, entre les objets d’or et cela, est-ce cela que tu as choisi ?