Page:Leblanc - Contes Heroïques, parus dans Le Journal, 1915-1916.djvu/34

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La tristesse des adieux, l’angoisse qu’il éprouvait à laisser Marceline sans ressources, le souvenir de ce pauvre visage désespéré et de ces mains tremblantes, tout cela l’avait bien souvent obsédé durant les longues heures de l’exil. Qu’était-elle devenue, sa pauvre Marceline, si faible devant la vie, si insouciante, un peu frivole même, et qui ne savait qu’aimer et se laisser aimer ? Deux fois il lui avait écrit par l’intermédiaire d’un camarade qui tentait de s’enfuir à travers la Belgique. Mais comment supposer qu’elle eût reçu ces deux lettres et qu’elle pût le croire encore vivant ?

Les faubourgs d’Amiens. Une rue bordée de petits jardins qui précèdent de vieilles maisons à un seul étage. L’une d’elles est plus coquette avec ses volets peints et ses pots de géraniums aux fenêtres… C’est là que, Jacques fit arrêter l’auto.

— Dix minutes, n’est-ce pas ? dit l’officier.

— Oui, mon capitaine.

Jacques franchit le jardin. La porte du vestibule n’était pas fermée. Il entra. Comme il n’y avait personne en bas et aucun bruit dans la maison, il pensa que Marceline était sortie et que la bonne s’occupait des provisions. La salle à manger et la cuisine s’ouvraient à droite et à gauche toutes deux bien en ordre et bien propres.

Au même étage, une porte était entre-baillée en face de lui. Il la poussa. Et une émotion soudaine l’envahit. Dans la jolie pièce claire où il avait l’habitude de se tenir, Marceline était assise, la tête entre ses mains et les coudes sur une table qui s’appuyait au mur opposé, entre les deux fenêtres.

Craignant une surprise trop violente, il appela doucement :

— Marceline…