Page:Leblanc - Contes Heroïques, parus dans Le Journal, 1915-1916.djvu/6

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La Lettre à Catherine



— Dis donc, Bertol, t’es ben professeur, de métier ?

— Pour te servir, mon bon Duroseau.

Bertol, chargé de cours à la Sorbonne, jouissait d’une grande considération parmi ses camarades. Attentif, complaisant, plein d’affection pour ces braves gens dont il aimait à découvrir l’âme ingénue, il écoutait leurs petites histoires et leur donnait des conseils.

Ce jour-là, ils se trouvaient tous les deux dans une tranchée de seconde ligne, avec quelques autres, qui fumaient et qui jouaient aux cartes. Au-dessus de leur tête, la bataille faisait rage.

— Alors, Duroseau ?

— Eh ben ! voilà, fit Duroseau, l’air embarrassé, voilà… il s’agirait d’une chose… d’une lettre à écrire…

— Tu ne sais donc pas écrire, Duroseau ?

— Si, mais voilà l’affaire…

— Quelle affaire ?

— Voilà, Bertol, voilà… Ce matin, tu sais que ce matin on nous a donné un paquet de journaux…

— Oui, des journaux d’une semaine ou deux.

— Eh ben, pour ma part, j’en ai eu un qu’était déchiré… Mais, n’importe, on n’a pas grand’chose à lire… et j’ai lu… des nouvelles de la guerre… et puis encore des nouvelles. Et puis, voilà-t-il pas que je tombe sur une lettre… Ah ! non, ça m’a donné un coup… Ils appellent ça des lettres de soldats… et la signature était… sais-tu de qui, Bertol ? De moi !… Amédée Duroseau… une lettre que j’ai écrite à ma femme. Tiens, regarde…