Page:Leblanc - Contes Heroïques, parus dans Le Journal, 1915-1916.djvu/7

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Il avait déplié la feuille et la tendait à Bertol.

— C’est tout de même curieux comme hasard, fit Bertol. Tu permets ?

Et il se mit à lire à demi-voix :

« Ma bonne Catherine,

» Cette lettre est pour te dire que ça va toujours bien, sauf qu’on a un peu froid. Mais te fais pas de bile, j’ai touché à la distribution un paquet contenant trois caleçons et cinq bonnets de laine. Avec ça, je m’arrange. Et y avait aussi un savon neuf, que je te rapporterai.

» Hier, le fils Armandel, tu sais, le petit de la bouchère… il a été proposé pour la médaille. Ah ! c’est un bougre qui n’a pas froid aux yeux ! Le colonel demande deux hommes d’attaque pour porter un pli au général. Voilà qu’il se présente avec moi, ce gosse ! On part tous les deux. Des balles, et puis des balles, et de la mitraille. Ça tapait comme de la grêle. Mais le petit Armandel ne bronchait pas. Hein ! quel bougre ! Et puis, v’lan ! un coup de tonnerre, une marmite qui éclate. Armandel écope à la jambe. Moi, à l’épaule, une égratignure Il se met à rigoler. « Pas de veine, qu’il me dit, faut que tu y ailles seul. Tu me retrouveras au retour. »