Page:Leblanc - Contes Heroïques, parus dans Le Journal, 1915-1916.djvu/65

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Ils se remirent en route. Deux fois encore, Dorgeval lança des commandements, et chaque fois en se dressant dans une posture avantageuse qui faisait valoir sa silhouette. En outre, il ne se bornait pas à répéter les paroles de son chef, il en ajoutait d’autres, à sa fantaisie, d’autres qui sonnaient bien et dont l’écho se prolongeait dans le tumulte des détonations.

— En avant, camarades !… En avant pour la patrie !… Toujours en avant !… La victoire est à nous !… De l’audace et encore de l’audace !… Soldats de France, nous irons jusqu’au bout du monde !…

Au hasard de ses souvenirs, il lâchait des phrases toutes faites qui jaillissaient de sa mémoire, des bribes de tirades prises à tous ses rôles et qui s’appliquaient plus ou moins à la situation.

— Hardi, les gars ! Du cœur au ventre, les amis ! Hardi ! Souquez ferme ! Un peu plus de vigueur à tribord ! Ça y est ! Nous les tenons ! À l’abordage, les petits gars !

L’abordage, pour lui, c’était la tranchée ennemie. Quand ce fut à son tour, il s’y précipita comme un fou, courut à travers des boyaux, remonta en vociférant, galopa parmi des fils de fer et tomba dans un groupe d’Allemands qui se défendaient avec une énergie farouche. Avec trois ou quatre hommes de sa compagnie il chargea le groupe.