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XII

LA MONTÉE DU GOLGOTHA



Vingt ou trente minutes s’écoulèrent. Véronique demeurait seule. Les cordes entraient dans sa chair et les barreaux du balcon meurtrissaient son front. Le bâillon l’étouffait. Ses genoux, pliés en deux et ramenés sous elle, portaient tout le poids de son corps. Position intolérable, martyre ininterrompu… Pourtant, si elle souffrait, elle n’en avait pas l’impression très nette. Sa souffrance physique restait en dehors de sa conscience, et elle avait éprouvé déjà de telles souffrances morales, que cette épreuve suprême n’éveillait pas sa sensibilité assoupie.

Elle ne pensait guère. Parfois elle disait : « Je vais mourir, » et elle goûtait déjà le repos du néant, comme on goûte par avance, au cours d’une tempête, le grand calme du port. De l’instant présent jusqu’au dénouement qui la libérerait, il se passerait certes des choses atroces, mais son cerveau refusait de s’y arrêter, et le sort de son fils, en particulier, ne lui arrachait que des idées brèves, qui se dissipaient aussitôt.

Au fond, et sans que rien pût l’éclairer sur son état d’esprit, elle espérait un miracle. Ce miracle se produirait-il chez Vorski ? Incapable de générosité, le monstre n’hésiterait-il pas, tout de même, devant le plus inutile des forfaits ? Un père ne tue pas son fils, ou du moins faut-il qu’un tel acte soit amené par des raisons impérieuses, et, des raisons, Vorski n’en avait aucune contre un enfant qu’il ne connaissait point et qu’il ne pouvait haïr que d’une haine factice.