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XV

LA SALLE DES SACRIFICES SOUTERRAINS



Vorski n’avait jamais eu peur, et peut-être, en prenant la fuite, n’obéissait-il pas à un sentiment de peur réelle. Mais il ne savait plus ce qu’il faisait. Dans l’effarement de son cerveau c’était un tourbillon d’idées contradictoires et incohérentes où dominait l’intuition d’une défaite irrémédiable et, en quelque manière, surnaturelle.

Croyant aux sortilèges et aux prodiges, il avait l’impression que l’homme du Destin qu’était Vorski se trouvait déchu de sa mission et remplacé par un nouvel élu du Destin. Il y avait, l’une en face de l’autre, deux forces miraculeuses, l’une émanant de lui, Vorski, l’autre émanant du vieux Druide, et la seconde absorbait la première. La résurrection de Véronique, la personnalité du vieux Druide, les discours, les plaisanteries, les pirouettes, les actes, l’invulnérabilité de ce personnage funambulesque, tout cela lui semblait magique et fabuleux, et créait, dans ces cavernes des temps barbares, une atmosphère spéciale qui le détraquait et l’étouffait.

Il avait hâte de remonter à la surface de la terre. Il voulait respirer et voir. Et ce qu’il voulait voir, avant tout, c’était l’arbre dénué de branches auquel il avait attaché Véronique et sur lequel Véronique avait expiré.

« Car elle est bien morte, grinçait-il, en rampant au creux de l’étroit passage qui communiquait avec la troisième et la plus grande des cryptes… Elle est bien morte… Je sais ce que c’est que la mort… La mort, j’ai