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L’AIGUILLE CREUSE
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— Oui, Arsène Lupin, s’écria-t-il en se levant. Le seul et unique Lupin, retour du royaume des ombres, puisqu’il paraît que j’ai agonisé et trépassé dans une crypte. Arsène Lupin vivant de toute sa vie, agissant de toute sa volonté, heureux et libre, et plus que jamais résolu à jouir de cette heureuse indépendance dans un monde où il n’a jusqu’ici rencontré que faveur et que privilège.

Je ris à mon tour.

— Allons, c’est bien vous, et plus allègre que le jour où j’ai eu le plaisir de vous voir l’an dernier… Je vous en complimente.

Je faisais allusion à sa dernière visite, visite qui suivait la fameuse aventure du diadème[1], son mariage rompu, sa fuite avec Sonia Krichnoff, et la mort horrible de la jeune Russe. Ce jour-là, j’avais vu un Arsène Lupin que j’ignorais, faible, abattu, les yeux las de pleurer, en quête d’un peu de sympathie et de tendresse…

— Taisez-vous, dit-il, le passé est loin.

— C’était, il y a un an, observai-je.

— C’était, il y a dix ans, affirma-t-il, les années d’Arsène Lupin comptent dix fois plus que les autres.

  1. Arsène Lupin, pièce en quatre actes en collaboration avec Francis de Croisset.