Page:Leblanc - L’Aiguille creuse, 1912.djvu/18

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
4
L’AIGUILLE CREUSE

pierre. Et un autre homme qui portait aussi quelque chose enjamba ce balcon, se laissa glisser le long de l’échelle et s’enfuit par le même chemin.

Suzanne, épouvantée, sans forces, tomba à genoux, balbutiant :

— Appelons !… appelons au secours !…

— Qui viendrait ? ton père… Et s’il y a d’autres hommes et qu’on se jette sur lui ?

— On pourrait avertir les domestiques… ta sonnette communique avec leur étage.

— Oui… oui… peut-être, c’est une idée… Pourvu qu’ils arrivent à temps !

Raymonde chercha près de son lit la sonnerie électrique et la pressa du doigt. Un timbre en haut vibra, et elles eurent l’impression que, d’en bas, on avait dû en percevoir le son distinct.

Elles attendirent. Le silence devenait effrayant, et la brise elle-même n’agitait plus les feuilles des arbustes.

— J’ai peur… j’ai peur… répétait Suzanne.

Et, tout à coup, dans la nuit profonde, au-dessous d’elles, le bruit d’une lutte, un fracas de meubles bousculés, des exclamations, puis, horrible, sinistre, un gémisse-