Page:Leblanc - Le Chapelet rouge, paru dans Le Grand Écho du Nord, 1937.djvu/43

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— Je le crois.

— Alors, ce que je ne comprends pas très bien, dit le comte en s’adressant à son ami Debrioux et à Vanol, c’est que vous deux, Bernard et Vanol, qui vous trouviez à droite de la pelouse centrale, sur le chemin des grottes, vous n’ayez rien surpris des allées et venues qui se sont produites précisément dans les lieux où vous vous promeniez ?

Vanol objecta :

« Mais je me suis arrêté, moi, à la première grotte à l’entrée du chemin, et je n’en ai pas bougé.

— Mais, Bernard, lui, s’est arrêté aussi ?

— Non, dit Vanol, Bernard Debrioux a continué sa promenade.

— Ah ! reprit Jean d’Orsacq, tu as continué ta promenade. Bernard ?

— Oui, le long de la rivière.

— Et tu n’as rien surpris ?

— Absolument rien.

— Tu n’as rencontré personne ?

— Personne.

— C’est assez curieux.

— En effet, dit Bernard. Mais qui nous prouve que l’individu ait passé par les grottes ? Il a pu traverser les broussailles et les massifs qui rejoignent les monticules.

— Difficile. J’ai vérifié ce matin. Aucune trace de passage.

— Il a pu aussi me voir de loin et se dissimuler.

— Évidemment, murmura d’Orsacq. Et à quelle heure à peu près as-tu rejoint Vanol ?

Vanol intervint : « Dix minutes après que j’ai entendu sonner dix heures. La pluie tombait fort. Nous avons patienté puis nous sommes rentrés ensemble. »

D’Orsacq conclut :

« Par conséquent, il s’est écoulé dix minutes entre l’instant où l’homme descendait de la fenêtre et où toi, Bernard revenant par le chemin des grottes, tu es retourné à la première où se trouvait Vanol ?

— Pourquoi me demandes-tu tout cela ? dit Bernard.

— Oh ! pour rien. Mais je suis étonné que les circonstances ne vous aient pas mis fortuitement l’un en face de l’autre. Combien cette rencontre aurait pu nous être utile ! »

M. Rousselain, par-dessous la table, avait envoyé un coup d’espadrille dans les mollets du substitut et il lui dit à voix basse :

« Qu’en pensez-vous ? J’ai comme l’impression d’une offensive imminente.

— Moi aussi, dit le substitut. Peut-être se poursuivrait-elle avec plus d’ampleur si les autres n’étaient pas là.

— Vous avez raison, dit M. Rousselain, qui était assez content de lui.

III


Les autres, comme disait le substitut, avaient écouté avidement, mais sans rien deviner de cette offensive. Ils furent donc surpris qu’on les priât de se retirer dans leurs chambres ou ailleurs, sans toutefois quitter le château.

Ils sortirent. M. Rousselain donna ensuite l’ordre au brigadier, de veiller à ce que la salle voisine restât vide. Il ne voulait pas que des éclats de voix pussent parvenir au-dehors.

Christiane qui s’était tenue à l’écart, non loin de la fenêtre, se rapprocha un peu. Elle paraissait plus attentive et plus grave, étonnée aussi, et cherchait des yeux son mari. Le visage de Bernard, si inquiet d’ordinaire et si mobile, ne trahissait aucune impression.

Jean d’Orsacq s’était replié sur lui-même, comme insouciant des paroles prononcées. Mais comment admettre qu’il ne les eût pas prononcées à bon escient, et que, après avoir, en fait, conduit l’instruction depuis un quart d’heure, il n’eût pas agi avec une intention déterminée et avec la ferme résolution d’atteindre le but qu’il s’était fixé ? Pour cela, M. Rousselain tenait à lui laisser toute latitude. Il pencha son buste au-dessus de la table qui le séparait du comte, et lui dit :

— Veuillez développer toute votre pensée, monsieur.

— Mais, fit Jean d’Orsacq, ma pensée ne va pas au-delà de ce que je vous ai exposé. Nous cherchons ensemble une vérité qui se dérobe.

— Qui se dérobe moins, depuis que vous avez parlé, monsieur. Puisque, dès la première heure, vous vous êtes efforcé de vous renseigner par vous-même, et que vous avez réussi sur certains points, ayez donc l’obligeance de nous faire part de toutes vos constatations…

— Je n’ai rien constaté, monsieur le Juge.

— Disons vos hypothèses, si vous le préférez. Et comme ces hypothèses s’appuient tout de même sur plusieurs faits, par exemple l’existence d’issues possibles pour entrer dans le parc et dans le château, ou pour en sortir, je vous demande si vous n’avez pas relevé d’autres détails ?

— Aucun, monsieur le Juge d’instruction, je vous assure, ou alors, des détails tellement insignifiants !

— Aucun n’est insignifiant, déclara M. Rousselain.

Le comte se décida, mais n’était-il pas décidé dès le premier instant ?

« Eh bien, monsieur le Juge d’instruction, il y a parmi ces détails, celui-ci qui me tracasse. Bernard, quand tu es sorti avec nous, hier soir, tu avais un chapeau ?

— Non, j’étais tête nue.