Page:Leblanc - Le Chapelet rouge, paru dans Le Grand Écho du Nord, 1937.djvu/42

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— Et cette porte était fermée ?

— Elle ne l’était pas, monsieur le Juge d’instruction, contrairement à l’habitude. Cette nuit, obsédé par les événements, avide de vérité et d’action, j’ai visité le sous-sol du château et j’ai fini par découvrir que cette porte basse n’avait pas son verrou poussé comme à l’ordinaire. Il suffisait donc d’avoir la clef de la porte pour s’introduire par là, remonter l’escalier de service, passer par la salle à manger et entrer ici.

— En ce cas, observa M. Rousselain, la femme de chambre Amélie n’aurait pas été victime d’une erreur, et elle aurait vu réellement passer quelqu’un.

— Sans aucun doute, monsieur le Juge d’instruction. Pour la suite, il est facile d’imaginer comment ce quelqu’un a pu accomplir sa besogne et s’enfuir par la fenêtre.

— Exactement à dix heures ?

— Exactement, n’est-ce pas, Bresson ?

Bresson fut catégorique.

« Une fois de plus, je l’affirme. On s’est enfui par là et l’horloge a sonné aussitôt dix heures. »

Le juge d’instruction fit venir le brigadier de gendarmerie qui entra accompagné d’un des inspecteurs de la brigade mobile. Et, comme M. Rousselain demandait si l’on avait examiné le mur d’enceinte, et, en particulier, du côté des monticules, l’inspecteur répondit :

« De très près, monsieur le Juge d’instruction, et c’est le motif de ma présence.

— Le résultat ?

— C’est qu’au-dessus de la dernière grotte, dans un bosquet de sapins disséminés, un de mes camarades et moi nous avons trouvé une chaise en fer appuyée contre le mur, lequel, à cet endroit, est moins élevé. Le jardinier Antoine, questionné par nous, a répondu que cette chaise en fer, transportée d’un rond-point voisin, ne se trouvait pas là hier dans l’après-midi.

— C’est donc, nota Jean d’Orsacq, qu’on l’y aurait transportée vers la fin du jour. Mais alors, cette chaise n’a pu être utilisée que pour sortir du parc et non pour y entrer ?

— C’est ce que nous nous sommes dit, mon camarade et moi, répliqua l’inspecteur. Aussi, nous avons franchi le mur. Non loin de là passe un chemin vicinal au bout duquel il y a une vieille chaumière habitée par un couple de paysans. Nous les avons interrogés. L’homme a remarqué, hier au soir, au crépuscule, les allées et venues d’une personne qui s’est approchée du mur et qui s’est éloignée. Elle parut faire le guet à quelque distance.

— Une personne ? dit M. Rousselain.

— Oui, une femme. Le paysan n’a pu nous donner son signalement, mais elle lui a semblé de tournure jeune et plutôt élégante. Nous avons battu un moment la campagne, sans rien trouver d’insolite, mais mon camarade est parti faire un tour à la gare qui est à trois kilomètres.

— Il y avait un train, hier soir ?

— Oui, monsieur le Juge d’instruction. Le dernier train s’arrête à 11 h. 35. On arrive à Paris à minuit trois quarts.

Chacun se tut. On réfléchissait à l’incident assez obscur, mais qui, malgré tout, offrait une première piste.

Ce fut d’Orsacq qui rompit le silence.

« Somme toute, dit-il, les événements se présentent ainsi : l’individu qui a pénétré dans le château par la porte basse et qui s’est sauvé par la fenêtre, a rejoint la rivière du côté droit de la pelouse centrale, c’est-à-dire en face de cette tour, a suivi le chemin des grottes, et a gagné le mur au-dessus des monticules où il a rejoint sa complice. Je crois que voilà un point formellement établi.