Page:Leblanc - Le Chapelet rouge, paru dans Le Grand Écho du Nord, 1937.djvu/48

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— Tu avoues donc ?… ricana celui-ci.

Bernard haussa les épaules.

— J’avoue quoi ? J’avoue que j’ai été pris dans une mauvaise affaire, que la chance a tourné contre moi, mais que j’ai réglé scrupuleusement et que je suis ruiné.

— Et c’est tout ?

— Que veux-tu qu’il y ait de plus ?

— Tu as perdu et tu as réglé ? rien d’autre ?

— Tu le sais bien, puisque c’est toi, en définitive, qui as été réglé.

— Et où est-il, cet argent ? fit d’Orsacq d’un ton de moquerie. Tu n’as aucune idée là-dessus ?

— Aucune !… riposta Bernard.

Le comte fit un pas, et sourdement : « Écoute, Bernard, je te conseille de ne pas reculer devant l’aveu. Peut-être ne me connais-tu pas ? Si tu me connaissais, tu saurais que rien ne m’arrête. Je m’acharnerai jusqu’au bout, parce que je veux, tu entends, « je veux » la vérité. »

Il frappa du poing et redit : « Je veux la vérité. Aucune considération au monde ne m’empêchera de la mettre en lumière, quelle qu’elle soit. Donc, réponds. Et tout de suite, sinon j’agis. »

Bernard se croisa les bras.

— Tout m’est égal quoi qu’il arrive. Agis.

Se maîtrisant, d’Orsacq alla prendre l’appareil téléphonique, le posa sur la grande table, auprès du juge d’instruction, et décrocha le récepteur.

Une dernière fois, il observa Bernard. Celui-ci demeurait impassible. Alors, il articula :

« Allo ! Mademoiselle, ayez l’obligeance de me demander Paris… Auteuil 37-57. »

Bernard bondit vers lui : « Je te défends ! Qu’est-ce que tu oses faire ! Mais c’est une ignominie !

— Une ignominie, dit à son tour Christiane indignée. Comment osez-vous ?

— Monsieur le juge d’instruction, prononça d’Orsacq, je m’adresse à votre autorité. La justice est ici pour faire toute la lumière. Un moyen, un moyen sûr d’y parvenir, consiste à obtenir une réponse téléphonique immédiate dont rien n’ait pu altérer la franchise.

— Tu oses faire une pareille chose ? articula Bernard. Tu oses mêler ma mère et ma sœur ?… »

M. Rousselain s’était levé. Il s’interposa entre le ménage Debrioux et d’Orsacq.

Le comte lui tendit le second récepteur et reprit :

« Allo… c’est Paris ? Auteuil 37-57 ? Ah ! c’est vous, madame Debrioux ? Ici le comte d’Orsacq. »

M. Rousselain écoutait. Il entendit les quelques phrases qui furent échangées.

« Oui, c’est moi, monsieur d’Orsacq, dit une voix inquiète. Qu’y a-t-il donc ? J’espère que Bernard n’est pas malade ? ni Christiane ?

— Non, non, rassurez-vous, fit d’Orsacq. Votre fils va très bien, il est à la chasse. Et sachant que vous étiez toujours chez vous à cette heure-là… »

Bernard Debrioux scanda, révolté :

« Quelle infamie ! C’est une honte que la justice puisse se prêter à une pareille comédie. »

M. Rousselain ne broncha pas. Jean continuait :

« Il m’a prié de vous demander si sa sœur Germaine a bien fait la commission hier soir.

— Germaine est sortie ce matin, et je ne sais pas de quelle commission vous parlez. Mais je sais que, hier soir, elle s’est absentée à la suite d’une lettre qu’elle avait reçue de son frère, le matin.

— C’est cela. Elle a quitté Paris à six heures ?