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LE RAYON B
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« Voilà une première indication. Pouvons-nous la contrôler ? Oui, en recherchant la date à laquelle la projection de la vue prise fut observée par Victorien Beaugrand, et en vérifiant si, à cette date, l’astre projetant était en état d’animer l’écran de Meudon. Or, ce jour-là, si l’on vérifie les indications que nous a fournies Victorien Beaugrand, Mars et la Lune étaient couchés, Jupiter se trouvait du côté de l’Est, le Soleil tout près de l’horizon, et Vénus légèrement au-dessus. Des projections émanées de cette dernière planète pouvaient donc éclairer l’écran, disposé, comme on sait, face à l’Ouest.

« Cet exemple nous montre que, si fragile que semble mon hypothèse, on peut, et on pourra de plus en plus, la soumettre à un contrôle rigoureux, Je n’ai pas manqué de recourir à cette méthode en ce qui concerne les autres visions, et je reproduirai dans un tableau spécial, annexé à ce mémoire, la liste des vérifications, un peu rapides forcément, que je viens de faire. Or, dans tous les cas examinés, les vues ont été prises et projetées dans des conditions telles qu’on peut logiquement les rapporter à la planète Vénus, et à elle seule.

« Bien plus, deux de ces vues, l’une qui fit voir à Victorien Beaugrand et à son oncle l’exécution de miss Cavell, et l’autre qui nous fit assister au bombardement de Reims, semblent avoir été prises, la première le matin puisque miss Cavell fut exécutée le matin, et la seconde du côté de l’Est puisqu’elle nous montrait un obus qui menaçait une statue dressée sur la façade orientale de la cathédrale. Cela nous prouve que les vues peuvent être prises indifféremment le matin ou le soir, par l’ouest et par l’est, et n’est-ce pas un argument considérable en faveur de mon hypothèse, puisque Vénus, Étoile du soir ou Étoile du matin, regarde la Terre, à l’aurore par le Levant, au soir par l’Occident — et puisque Noël Dorgeroux (je viens d’en avoir la confirmation téléphonique par Victorien Beaugrand), puisque Noël Dorgeroux, visionnaire magnifique, avait fait construire son mur sur deux faces identiquement inclinées vers le ciel, l’une au Couchant, l’autre à l’Orient, l’une et l’autre s’offrant tour à tour aux radiations de Vénus Étoile du soir, ou de Vénus Étoile du matin !

« Telles sont, jusqu’à nouvel ordre, les preuves qu’il m’est loisible de fournir. Il y en a d’autres. Il y a par exemple l’heure des visions : Vénus descend vers la ligne de l’horizon ; sur la Terre c’est la pénombre, et les images peuvent se former en dehors de la clarté solaire. Notons aussi que Noël Dorgeroux, suspendant toute expérience, bouleversa l’Enclos et démolit l’ancien écran durant l’hiver dernier. Or, cette interruption correspond exactement à une période pendant laquelle la position de Vénus au-delà du Soleil ne lui permettait pas de communiquer avec la Terre. Toutes ces preuves seront renforcées par une étude plus approfondie et par l’examen raisonné des images qui nous furent et nous seront offertes. Mais si j’ai poursuivi ce mémoire sans m’arrêter aux objections et aux difficultés qui se lèvent à chaque ligne que j’écris, si je me suis contenté d’exposer la suite logique et presque fatale des déductions qui m’ont conduit à mon hypothèse, je manquerais à l’Académie, en laissant croire que je n’ai pas senti tout le poids de ces objections et de ces difficultés. Devais-je pour cela renoncer à ma tâche ? Je ne l’ai pas pensé. Si le devoir est de s’incliner lorsque la Science prononce un veto formel, il ordonne de s’obstiner lorsqu’elle se borne à confesser son ignorance. C’est à ce double principe que j’obéis en cherchant, non plus l’origine des projections, mais la manière dont elles peuvent fonctionner, car tout le problème est là. Il est facile d’affirmer qu’elles émanent de Vénus, il ne l’est pas d’expliquer comment elles cheminent à travers l’infini, et comment elles exercent leur action, à cinquante millions de kilomètres, sur un imperceptible écran de trente ou quarante mètres carrés. Je me heurte à des lois physiques que je n’ai pas le droit d’enfreindre.

« Ainsi, et sans aucune espèce de discussion, j’admets comme interdit de