Page:Leblanc - Les Dents du Tigre, paru dans Le Journal, du 31 août au 30 octobre 1920.djvu/136

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— Et c’est signé Hippolyte Fauville, continua Mazeroux… Et je vous affirme que c’est bien écrit par lui…, écrit le 4 janvier de cette année, à un ami dont nous ignorons le nom, mais que nous saurons bien dénicher, je vous le jure. Et cet ami nous donnera toutes les preuves nécessaires.

Mazeroux s’exaltait :

— Des preuves ! Mais il n’en est plus besoin ! Elles sont là. M. Fauville les donne lui-même. « Le dénouement approche. Je vois cela dans ses yeux à elle. » Elle, c’est sa femme, c’est Marie-Anne Fauville, et le témoignage du mari confirme tout ce que nous savions contre elle. Qu’en dites-vous ?

— Tu as raison, répondit Perenna distraitement, tu as raison, cette lettre est définitive. Seulement, qui diable a pu l’apporter ? Il faut donc que quelqu’un soit entré cette nuit dans cette pièce, pendant que nous y étions ? Est-ce possible ? Car enfin nous aurions entendu… Voilà ce qui me stupéfie.

— Il est de fait que…

— N’est-ce pas ? Il y a quinze jours, le coup était déjà bizarre. Mais enfin nous avions pris notre poste dans l’antichambre et on opérait ici. Tandis qu’aujourd’hui nous y étions, ici, tous les deux, près de cette table même. Et sur cette table où, hier soir, il n’y avait pas le moindre morceau de papier, ce matin nous trouvons cette lettre.

Une étude minutieuse des lieux ne leur fit découvrir aucune indication qui les mît sur la voie. Ils visitèrent l’hôtel de fond en comble et purent s’assurer que personne ne s’y cachait. D’ailleurs, en admettant que quelqu’un s’y cachât, comment aurait-on pu pénétrer dans la pièce sans attirer leur attention ? Le problème était insoluble.

— Ne cherchons pas davantage, dit Perenna, ça ne sert de rien. Dans les histoires de ce genre, un jour ou l’autre la lumière pénètre par une fissure invisible et tout s’éclaire peu à peu. Porte cette lettre au préfet de police, raconte-lui notre veillée et dis-lui que nous demandons l’autorisation de revenir dans la nuit du 25 au 26 avril prochain. Cette nuit-là, encore, il doit y avoir du nouveau, et j’ai diablement envie de savoir si une seconde lettre nous sera remise par l’opération du Saint-Esprit.

Ils refermèrent les portes et sortirent de l’hôtel.

Comme ils s’en allaient à droite, vers la