Page:Leblanc - Les Dents du Tigre, paru dans Le Journal, du 31 août au 30 octobre 1920.djvu/272

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— Alors, monsieur le préfet ? articula Florence d’une voix qui tremblait…

— Alors, mademoiselle, je vous dirai que votre ignorance me semble bien incroyable.

Et, se tournant vers le notaire, il prononça :

— Voici, en résumé, ce que contiennent et ce que prouvent ces documents. Gaston Sauverand, héritier en quatrième ligne de Cosmo Mornington, avait, comme vous le savez, un frère plus âgé que lui, du nom de Raoul, et qui habitait la République Argentine. Ce frère, avant de mourir, envoya en Europe, sous la garde d’une vieille nourrice, une enfant de cinq ans qui n’était autre que sa fille, fille naturelle, mais reconnue, qu’il avait eue de Mlle Levasseur, institutrice française établie à Buenos-Aires. Voici l’acte de naissance. Voici la déclaration, écrite tout entière et signée par le père. Voici l’attestation libellée par la vieille nourrice. Voici le témoignage de trois amis, commerçants notoires de Buenos-Aires. Et voici les actes de décès du père et de la mère. Tous ces documents furent légalisés et portent les cachets du consulat de France. Je n’ai, jusqu’à nouvel ordre, aucun motif de les suspecter, et je dois considérer Florence Levasseur comme la fille de Raoul Sauverand et comme la nièce de Gaston Sauverand.

— La nièce de Gaston Sauverand… sa nièce… balbutia Florence.

L’évocation d’un père qu’elle n’avait pour ainsi dire pas connu ne l’émouvait pas. Mais elle se mit à pleurer au souvenir de Gaston Sauverand qu’elle chérissait si tendrement et à qui elle se trouvait unie par des liens de parenté si étroits.

Larmes sincères ? ou bien larmes de comédienne qui sait jouer son rôle jusqu’en ses moindres nuances ? Ces faits lui étaient-ils vraiment révélés ou bien simulait-elle