Page:Leblanc - Les Dents du Tigre, paru dans Le Journal, du 31 août au 30 octobre 1920.djvu/299

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res années, et en particulier pendant qu’il était à la Légion étrangère.

— Ces recherches furent exécutées sur mon ordre, interrompit Valenglay.

— Et elles aboutirent ?

— À rien.

— De sorte que, en définitive, vous ignorez ma conduite au cours de la guerre ?

— Je l’ignore.

— Je vais vous la dire, monsieur le préfet. D’autant qu’il est de toute justice que la France sache ce qu’a fait pour elle un de ses fils les plus dévoués… sans quoi… sans quoi on pourrait m’accuser un jour ou l’autre de m’être embusqué, ce qui serait fort injuste. Vous vous souvenez peut-être, monsieur le président, que je m’étais engagé dans la Légion étrangère à la suite de désastres intimes vraiment effroyables, et après une vaine tentative de suicide. Je voulais mourir, et je pensais qu’une balle marocaine me donnerait le repos auquel j’aspirais. Le hasard ne le permit pas. Ma destinée n’était pas achevée, paraît-il. Alors il arriva ce qui devait arriver. Peu à peu, à mon insu, la mort se dérobant, je repris goût à la vie. Quelques faits d’armes assez glorieux m’avaient rendu toute ma confiance en moi et tout mon appétit d’action. De nouveaux rêves m’envahirent. Un nouvel idéal me conquit. Il me fallut de jour en jour plus d’espace, plus d’indépendance, des horizons plus larges, des sensations plus imprévues et plus personnelles. La Légion, si grande que fût ma tendresse pour cette famille héroïque et cordiale qui m’avait accueilli, ne suffisait plus à mes besoins d’activité. Et déjà je me dirigeais vers un but grandiose, que je ne discernais pas très bien encore mais qui m’attirait mystérieusement, lorsque j’appris, en novembre 1914, que l’Europe était en guerre. J’avais alors des amis très puissants à la cour d’Espagne. À la suite de négociations entre Madrid et Paris, je fus réclamé à Madrid, puis envoyé en mission secrète à Paris. C’était mon but. Je voulais voir sur place comment m’employer au mieux des intérêts français.

» Je réussis trois ou quatre affaires importantes, comme celle des trois cents millions d’or, et participai ainsi à l’entrée en guerre de l’Italie. Mais tout cela me semblait, je l’avoue, plutôt secondaire. J’avais mieux à tenter, et maintenant je savais quoi. J’avais discerné le point faible par où la France pouvait être mise en infériorité. Le but que je cherchais se dévoilait à mes yeux. Ma mission finie, je