Page:Leblanc et Maricourt - Peau d’Âne et Don Quichotte, paru dans Le Gaulois, 1927.djvu/21

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c’était peut-être celles des héros qui avaient enchanté ses premiers rêves. Si par là, d’aventure, la Belle au Bois dormant, l’Oiseau Bleu, d’Ogre, le Petit Poucet ?…

— Mais Violette, fit-il, regarde donc la forêt ! Tu vas souvent par là, n’est-ce pas ?

— Non.

— Pas possible ! Pourquoi ?

— J’sais pas. Oh ! je la trouve belle aussi, tu sais ! Mais on n’y va pas. Papa ne chasse pas par là. Il va dans la plaine du côté du bourg. Quand j’étais petite, j’ai voulu y aller avec Maria. Elle n’a pas voulu. Y a un loup qu’elle m’a dit.

— Parbleu ! Le loup du Petit Chaperon rouge, murmure Pierre entre ses dents.

— Mais non, elle n’a pas dit ça. Elle a dit un loup.

— Elle n’a pas voulu te faire peur. Mais c’était bien ça. Souviens-toi. Y avait une fois une petite fille qui était le petit Chaperon rouge, qui s’est perdue dans le bois, qui a été voir sa grand’mère, qui a trouvé un loup qui avait mis un bonnet et qui l’a mangée.

— La grand’mère a mangé le bonnet ?

— Mais non. La petite fille, tu sais bien, a été mangée par le loup.

— Ah oui ! J’ai lu ça. J’y crois pas beaucoup. Alors, tout de même, tu voudrais aller dans la forêt ?

— Est-ce que tu penses que j’ai peur ?

— Le loup te mangera, dit Violette en riant.

— Et mon couteau ? qu’est-ce que tu en fais ?

— Mais y a pas de barque pour traverser la rivière. Faut faire un grand, grand tour ! Une lieue, je crois.

— Pas de barque ? Regarde donc.

Tout en bas, proche la forêt du mystère, Pierre désigna une très petite chose. C’était comme une coquille de noix posée sur une glace.

— Oh ! reprit Violette, très grave, je vois bien. Mais si tu crois qu’on a le droit de se servir de cette barque-là qui est attachée dans la rivière, tu te trompes ! Elle est à Folette.

— Comment, Folette ! Qu’est-ce que c’est que ça, Folette ?

— Je sais pas bien. C’est la vieille dame qui habite le moulin. Là, tu vois bien. Regarde cette tour avec du lierre, et puis des jardins autour. Tout ça, c’est à Folette.

— C’est une fée ?

— Mais non, crie Violette avec impatience, tu m’ennuies avec tes fées ! Une vieille dame, je te dis. Folette, c’est peut-être pas son vrai nom, mais on l’appelle comme ça dans le pays, parce qu’elle est hurluberlu, qu’a dit papa.

— Hurluberlu ? fit Pierre impressionné, je connais pas ce mot-là. Ça a l’air un peu méchant.

— Non, pas trop. Les ouvriers de l’usine disent aussi qu’elle est, qu’elle est piquée… je crois — ou un mot comme ça, la vieille dame…

— Piquée ? Y a des vers dedans ?

— Mais non. Piquée, ça veut dire piquée. Elle a pas des vers, elle a des oiseaux qui sont très beaux. Regarde. On voit d’ici son poulailler où y en a de toutes les couleurs. On l’appelle sa Faisanderie, parce qu’elle y a des paons, je crois.

— Oh ! s’écria Pierre enthousiasmé. Allons-y, allons-y, Violette.

Violette fit une petite moue,

— Je n’ose pas trop. Et puis je suis mal habillée.