Page:Leblanc et Maricourt - Peau d’Âne et Don Quichotte, paru dans Le Gaulois, 1927.djvu/56

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— Ce ne sont pas des pioches, ce sont des massues antiques. D’ailleurs, ajoute Pierre, domptant ses pauvres nerfs à vif, on va bien voir. Approchons, ma petite Violette.

— Tu es fou ! On va être grillé comme le chat. Ah ! bien merci !

Violette tremble de tous ses membres.

Alors Pierre a pitié. :

— Écoute, ma chère petite, tu vas rester en arrière. Moi je vais droit sur le nain. Tu comprends, j’ai le cœur pur, comme me dit maman quand j’ai été sage. Je suis certain que ces petits diables ne peuvent rien contre moi. Alors… je n’ai pas peur… pas très peur du moins.

— Pierre, tu es un homme ! reprend simplement Violette.

Aucun compliment ne pouvait donner plus de courage à « Don Quichotte ».

Vraiment sa petite « Peau d’Âne » n’était plus une paysanne mal dégrossie. Elle trouvait les mots qui vont droit à l’âme.

Serrant le gourdin qu’il avait emporté, Pierre avance délibérément dans la zone ensorcelée avec le courage d’un jeune terre-neuve qui se jette pour la première fois à l’eau. Il marche tout droit dans la direction des nains.

Le petit Pierre au cœur pur avait raison. Les monstres le regardent un moment, délibèrent et, tout à coup, ils décampent, se sauvent comme un troupeau de lapins derrière les fourrés. En un clin d’œil, la blanche envolée de ces suppôts de l’enfer disparaît dans la pénombre des bois. C’est à croire que Pierre et Violette ont rêvé…

Mais… non ! Le brasier est là… et dans les cendres chaudes le pauvre chat à la robe immaculée n’est plus qu’une très vilaine chose carbonisée et fumante dont les dents se découvrent dans un rictus de mort.

Violette a rejoint. Tout près, la gueule de la caverne s’ouvre comme pour bien happer les enfants. Ceux-ci hésitent… Mais ils subissent cette sorte d’attraction de l’horreur que chacun de nous cache au fond de soi-même. Ils sont attirés aussi par quelque chose de mieux : le désir-inconscient de vaincre le vieil instinct héréditaire de la peur et de faire preuve de courage. Devant le gouffre noir sur lequel s’ouvre béante une porte de fer, c’est Violette, un peu honteuse de ses craintes de tout à l’heure, maintenant qui parle :

— Entrons, Pierre ! On ne nous mangera pas. Les quarante voleurs sont restés dans tes contes des Mille et une nuits. Y en a plus.

— À savoir ! dit Pierre en hochant la tête.

… Les deux petits arrivaient sur le roc. Une pente humide semblait devoir