Page:Leconte de Lisle - Derniers Poèmes, 1895.djvu/205

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Tel qu’un cadavre aux flancs du Golgotha couché !
Lui ! qui pour te laver de l’antique péché,
Pour rouvrir devant toi, repentante et charmée,
La porte d’or d’Éden que l’Ange avait fermée,
Comme pour un enfant rebelle et toujours cher,
Abaissa l’Infini dans un corps fait de chair !
Voulant dans sa bonté plus que dans sa justice,
Par un mystérieux et suprême supplice,
Sans mesurer le prix de ta rédemption,
Te ramener à Dieu par son oblation,
Emportant sur son sein, vers la paix éternelle,
Ta famille innombrable, et passée et nouvelle !

Mais tandis que ton Christ tombe en t’ouvrent les bras,
Tu détournes la tête et tu ne l’entends pas !
Et c’est pourquoi, gisant sous la Croix lourde et rude,
Devant l’abîme ouvert de ton ingratitude
Il sent plus que jamais son cœur s’épouvanter
Pour ceux de tes enfants qu’il n’a pu racheter,
Qui, sans pitié pour lui, sans pitié pour eux-mêmes,
S’enivrent du concert de leurs propres blasphèmes !
Et d’autres visions, en lacérant son cœur,
Lui présentent l’Esprit mauvais partout vainqueur :
Il voit les saints martyrs, dans les rouges arènes,
Expirer sous la dent des lions et des hyènes,
Ou, comme des flambeaux pour la fête allumés,
Illuminer César de leurs corps enflammés !
Et les vierges, ses sœurs, ces filles de sa mère,
Tomber, comme des fleurs sous la faux meurtrière ;
Et tels que Zacharie, à l’angle de l’autel,