Page:Leconte de Lisle - Derniers Poèmes, 1895.djvu/272

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La tâche que je me suis donnée exige quelque courage et plus de désintéressement qu’on ne pense. Il me sera désormais prouvé qu’il ne faut point heurter de front l’armée compacte des dupes littéraires, et que c’est une aventure dangereuse que de troubler, dans les mares stagnantes, la quiétude des grenouilles, jeunes et vieilles. À vrai dire, peu m’importait, et j’eusse mieux fait de garder le silence ; mais ce qui est commencé sera achevé. Me voici débarrassé, non sans peine, des renommées populaires et des gloires admises dans les institutions de petites filles. Je suis entré, par l’hommage rendu au génie de Victor Hugo, dans le monde des vrais poètes, et je n’en sortirai plus. Quant aux insultes imbéciles qui se sont soulevées autour de moi comme une infecte poussière, elles n’ont fait que saturer de dégoût la profondeur tranquille de mon mépris. Cela dit une fois pour toutes, j’aborde l’œuvre poétique d’Alfred de Vigny.

S’il n’existe qu’un seul moyen de conquérir la sympathie générale, il en est plusieurs de rester ignoré de la