Page:Leconte de Lisle - Derniers Poèmes, 1895.djvu/280

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On stigmatise volontiers la théorie de l’art pour l’art, dans cette heureuse époque de l’industrie littéraire en pleine culture, de succès bouffons, de prédications utilitaires et de recettes destinées à l’amélioration des espèces bovine, ovine, chevaline et humaine. Il faut espérer que les derniers poètes seront bientôt morts et qu’il leur sera épargné du moins d’assister au triomphe définitif des cuistres de la rime et de la prose qui, d’ailleurs, usurpent impudemment le titre de moralistes, à défaut de tout autre, sans doute.

Le vrai moraliste applique à l’étude des mœurs, dans leur noblesse et dans leur dépravation, des facultés diversement compréhensives, fines, énergiques, profondes. Son œuvre est un miroir dont la netteté fait le prix. Que chacun s’y regarde et s’y reconnaisse, pour peu qu’il y tienne. Mais le moraliste ne corrige point les mœurs, et, par suite, il ne prêche point, parce qu’il n’appartient à qui que ce soit d’enseigner l’héroïsme aux lâches et la générosité aux âmes viles, non plus que l’esprit aux niais