Page:Leconte de Lisle - Derniers Poèmes, 1895.djvu/286

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.






Les Fleurs du Mal. 2e édition, Paris, Poulet-Malassis.



Il y a un nombre prodigieux de natures perverses et imbéciles en ce monde. C’est une vérité lumineuse que nul n’a jamais niée, je présume, sauf les honorables personnes qui sont intéressées à n’en rien croire. Mais les prescriptions hygiéniques et thérapeutiques à l’usage de cette multitude malade sont du ressort de l’enseignement religieux. L’art n’a pas mission de changer en or fin le plomb vil des âmes inférieures, de même que toutes les vertus imaginables sont impuissantes à mettre en relief le côté pittoresque, idéal et réel, mystérieux et saisissant des choses extérieures, de la grandeur et de la misère humaines. L’art est donc l’unique révélateur du beau, et il le révèle uniquement. Par suite, le royaume du beau n’ayant d’autres limites que celles qui lui sont assignées par l’étendue même de la vision poétique, que celle-ci pénètre dans les sereines régions du bien ou descende dans les abîmes du mal, elle est toujours vraie et légi-

  1. Revue Européenne. Décembre 1861