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POÈMES BARBARES.


La mère repose, et Christine pleure,
Immobile auprès de l’âtre noirci.
Au long tintement de la douzième heure,
Un doigt léger frappe à l’humble demeure :
          — Qui donc vient ici ?

— Tire le verrou, Christine, ouvre vite :
C’est ton jeune ami, c’est ton fiancé.
Un suaire étroit à peine m’abrite ;
J’ai quitté pour toi, ma chère petite,
          Mon tombeau glacé. —

Et cœur contre cœur tous deux ils s’unissent.
Chaque baiser dure une éternité :
Les baisers d’amour jamais ne finissent.
Ils causent longtemps ; mais les heures glissent,
          Le coq a chanté.

Le coq a chanté, voici l’aube claire ;
L’étoile s’éteint, le ciel est d’argent.
— Adieu, mon amour, souviens-toi, ma chère !
Les morts vont rentrer dans la noire terre,
          Jusqu’au jugement.

— Ô mon fiancé, souffres-tu, dit-elle,
Quand le vent d’hiver gémit dans les bois,
Quand la froide pluie aux tombeaux ruisselle ?
Pauvre ami, couché dans l’ombre éternelle,
          Entends-tu ma voix ?