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POÈMES BARBARES.


Lui, plus pâle, frémit, plein d’amour et de haine,
L’enveloppa longtemps d’un regard sans merci,
Puis dit d’une voix sourde : — Il faut mourir, Tiphaine.

— Sire Jarle, que Dieu vous garde ! Me voici.
J’ai supplié Jésus, Notre-Dame et sainte Anne ;
Désormais je suis prête. Or, n’ayez nul souci.

— Tiphaine, indigne enfant des braves chefs de Vanne,
Opprobre de ta race et honte de Komor,
Conjure le Sauveur, afin qu’il ne te damne ;

J’ai souffert très longtemps : je puis attendre encor. —
Le Jarle recula dans l’angle du mur sombre,
Et Tiphaine pria sous ses longs cheveux d’or.

Et sur le bloc l’épée étincelait dans l’ombre,
Et la torche épandait sa sanglante clarté,
Et la nuit déroulait toujours ses bruits sans nombre.

Tiphaine s’oublia dans un rêve enchanté...
Elle ceignit son front de roses en guirlande,
Comme aux jours de sa joie et de sa pureté.

Elle erra, respirant ton frais arôme, ô lande !
Elle revint suspendre, ô Vierge, à ton autel,
Le voile aux fleurs d’argent et son âme en offrande.