Page:Leconte de Lisle - Poèmes barbares.djvu/126

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
116
POÈMES BARBARES.

De leurs bras musculeux pressant leur sein robuste,
Gardent le Chef sacré, le Pur, le Saint, l’Auguste
Couronné par Gwiddonn du rameau toujours vert,
Celui qui, de sa robe aux longs plis blancs couvert,
Vénérable, aussi fort qu’un vieil arbre, aussi ferme
Qu’une pierre, au milieu du cercle qui l’enferme,
D’un siècle sans ployer porte le lourd fardeau.
Sous d’épais cheveux noirs ruisselant d’un bandeau
De verveine enlacée aux blanches primevères,
Près de lui, le front haut, grande, les yeux sévères,
Voici, dans sa tunique ouverte sur le sein,
La pâle Uheldéda, prophétesse de Seîn.
Agrafée à son flanc de vierge, nue, et telle
Qu’un éclair, resplendit la Faucille immortelle.
Elle tient, de son bras nerveux, au beau contour,
Le vase toujours plein de l’onde Azewladour ;
Et, derrière leur reine et leur sur, huit prêtresses,
Dans la brume des nuits laissant flotter leurs tresses,
Portent des pins flambants que le vent fouette en vain,
Autour de l’Arche d’or où gît le Gui divin.

Donc, cette foule étant, avec la multitude
Des Dieux, silencieuse en cette solitude,
Tandis que par l’orage et sur les vastes eaux
Montait le dernier cri des nocturnes oiseaux,
Le Chef sacerdotal versa, selon le rite,
La libation d’eau par Hu-ar-braz prescrite,
En un feu de bois sec et de vert romarin