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POÈMES BARBARES.

Résonnant à la fois sur d’innombrables bouches,
Faisaient taire la foudre en éclatant toujours !

Tels nos aïeux nageaient vers vous, saintes contrées,
Rocs de Cambrie, Armor, où croissent les guerriers
Et les chênes, Érinn, qui, dans tes frais sentiers,
Entrelaces les houx aux bruyères dorées
Et berces l’aigle blanc sur tes verts peupliers !
À travers les marais, les torrents, les bois sombres,
Les aurochs mugissants, les loups, les ours velus,
Et chassant devant eux des peuples chevelus,
Ils s’assirent enfin sous vos divines ombres,
Ô forêts du repos qu’ils ne quittèrent plus !

Et la race des Purs, forte, puissante et sage,
Chère aux Dieux, fils de Math, par qui tout a germé,
Coula comme un grand fleuve, en son lit embaumé,
Qui répand la fraîcheur et la vie au passage,
Et tout droit dans la mer tombe, large et calmé.
Ô jours heureux ! Ô temps sacrés et pacifiques !
Voix mâles qui chantiez sous les chênes mouvants,
Beaux hymnes de la mer, doux murmures des vents,
Salut ! Soleils féconds des siècles magnifiques !
Salut ! Cieux où les morts conviaient les vivants ! —

Et le Barde se tut. Et, sur la hauteur noire,
L’esprit du vent poussa comme un cri de victoire ;