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POÈMES BARBARES.


Ténèbres, répondez ! Qu’Iahvèh me réponde !
Je souffre, qu’ai-je fait ? — Le Khéroub dit : — Qaïn !
Iahvèh l’a voulu. Tais-toi. Fais ton chemin
Terrible. — Sombre Esprit, le mal est dans le monde,
Oh ! pourquoi suis-je né ! — Tu le sauras demain. —

Je l’ai su. Comme l’ours aveuglé qui trébuche
Dans la fosse où la mort l’a longtemps attendu,
Flagellé de fureur, ivre, sourd, éperdu,
J’ai heurté d’Iahvèh l’inévitable embûche ;
Il m’a précipité dans le crime tendu.

Ô jeune homme, tes yeux, tels qu’un ciel sans nuage,
Étaient calmes et doux, ton cœur était léger
Comme l’agneau qui sort de l’enclos du berger ;
Et Celui qui te fit docile à l’esclavage
Par ma main violente a voulu t’égorger !

Dors au fond du Schéol ! Tout le sang de tes veines,
Ô préféré d’Héva, faible enfant que j’aimais,
Ce sang que je t’ai pris, je le saigne à jamais !
Dors, ne t’éveille plus ! Moi, je crirai mes peines,
J’élèverai la voix vers Celui que je hais.

Fils des Anges, orgueil de Qaïn, race altière
En qui brûle mon sang, et vous, enfants domptés
De Seth, ô multitude à genoux, écoutez !
Écoutez-moi, Géants ! écoute-moi, poussière !
Prête l’oreille, ô Nuit des temps illimités !