Page:Leconte de Lisle - Poèmes barbares.djvu/27

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
17
QAÏN.


Élohim, Élohim ! Voici la prophétie
Du Vengeur, et je vois le cortège hideux
Des siècles de la terre et du ciel, et tous deux,
Dans cette vision lentement éclaircie,
Roulent sous ta fureur qui rugit autour d’eux.

Tu voudras vainement, assouvi de ton rêve,
Dans le gouffre des Eaux premières l’engloutir ;
Mais lui, lui se rira du tardif repentir.
Comme Léviathan qui regagne la grève,
De l’abîme entr’ouvert tu le verras sortir.

Non plus géant, semblable aux Esprits, fier et libre,
Et toujours indompté, sinon victorieux ;
Mais servile, rampant, rusé, lâche, envieux,
Chair glacée où plus rien ne fermente et ne vibre,
L’homme pullulera de nouveau sous les cieux.

Emportant dans son cœur la fange du Déluge,
Hors la haine et la peur ayant tout oublié,
Dans les siècles obscurs l’homme multiplié
Se précipitera sans halte ni refuge,
À ton spectre implacable horriblement lié.

Dieu de la foudre, Dieu des vents, Dieu des armées,
Qui roules au désert les sables étouffants,
Qui te plais aux sanglots d’agonie, et défends
La pitié, Dieu qui fais aux mères affamées,
Monstrueuses, manger la chair de leurs enfants !