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POÈMES BARBARES.


Dieu triste, Dieu jaloux qui dérobes ta face,
Dieu qui mentais, disant que ton œuvre était bon,
Mon souffle, ô Pétrisseur de l’antique limon,
Un jour redressera ta victime vivace.
Tu lui diras : Adore ! Elle répondra : non !

D’heure en heure, Iahvèh ! Ses forces mutinées
Iront élargissant l’étreinte de tes bras ;
Et, rejetant ton joug comme un vil embarras,
Dans l’espace conquis les Choses déchaînées
Ne t’écouteront plus quand tu leur parleras !

Afin d’exterminer le monde qui te nie,
Tu feras ruisseler le sang comme une mer,
Tu feras s’acharner les tenailles de fer,
Tu feras flamboyer, dans l’horreur infinie,
Près des bûchers hurlants le gouffre de l’Enfer ;

Mais quand tes prêtres, loups aux mâchoires robustes,
Repus de graisse humaine et de rage amaigris,
De l’holocauste offert demanderont le prix,
Surgissant devant eux de la cendre des Justes,
Je les flagellerai d’un immortel mépris.

Je ressusciterai les cités submergées,
Et celles dont le sable a couvert les monceaux ;
Dans leur lit écumeux j’enfermerai les eaux ;
Et les petits enfants des nations vengées,
Ne sachant plus ton nom, riront dans leurs berceaux !