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POÈMES BARBARES.


Au travers de sa barbe et le long du pourpoint
Silencieusement vont ses larmes amères,
Et le vieux Cavalier ne mange et ne boit point.

Son âme, sans repos, roule mille chimères :
Hauts faits anciens, désir de vengeance, remords
De tant vivre au delà des forces éphémères.

Il mâche sa fureur comme un cheval son mors ;
Il pense, se voyant séché par l’âge aride,
Que dans leurs tombeaux froids bienheureux sont les morts.

Tous ses fils ont besoin d’éperon, non de bride,
Hors Rui Diaz, pour laver la joue où saigne, là,
Sous l’offense impunie une suprême ride.

Ô jour, jour détestable où l’honneur s’envola !
Ô vertu des aïeux par cet affront souillée !
Ô face que la honte avec deux mains voila !

Don Diego rêve ainsi, prolongeant la veillée,
Sans ouïr, dans sa peine enseveli, crier
De l’huis aux deux battants la charnière rouillée.

Don Rui Diaz entre. Il tient de son poing meurtrier
Par les cheveux la tête à prunelle hagarde,
Et la pose en un plat devant le vieux guerrier.