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LES DEUX GLAIVES.


III


CHŒUR DES CÉSARS



— Ô Rome, qu’un vil moine, en ta chaise curule,
Étrangle avec l’étole et marque avec la croix,
Nous nous sommes levés en entendant ta voix,
Vieille reine du monde, épouse du grand Jule !

Toi qui faisais gronder l’essaim des légions,
En secouant un pli de ta robe guerrière,
Mains jointes, le dos bas, le front dans la poussière,
Tu t’es accoutumée aux génuflexions !

Ta pourpre s’est changée en blêmes scapulaires ;
Et, livrant son échine au bâton du berger,
Du harnais de l’ânon tu laisses outrager
La Louve qu’entouraient les faisceaux consulaires.

Ô Ville des héros, pleine de mendiants,
Tu prends les os des morts pour dépouilles opimes,
Les macérations sont tes hauts faits sublimes
Sous le fouet orgueilleux des clercs psalmodiants !

Mais, aux donjons du Rhin et de la Franconie,
Tes hurlements d’angoisse, à travers nos créneaux
Pénétrant notre cœur irrité de tes maux,
Nous ont fait une part dans ton ignominie.