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LA VIGNE DE NABOTH.


J’ai vu ceux de Damas s’en venir par milliers,
Le sac aux reins, la corde au cou, dans la poussière,
Semblables aux chameaux devant les chameliers ;

J’ai, d’un signe, en leur gorge étouffé la prière,
L’écume de leur sang a rougi les hauts lieux,
Et j’ai nourri mes chiens de leur graisse guerrière.

Mes prophètes sont très savants, et j’ai trois Dieux
Très puissants, pour garder mon royaume et ma ville
Et ployer sous le joug mon peuple injurieux.

Et voici que ma gloire est une cendre vile,
Et mon sceptre un roseau des marais, qui se rompt
Aux rires insulteurs de la foule servile !

C’est le Fort de Juda qui m’a fait cet affront,
Parce que j’ai dressé, sous le noir térébinthe,
L’image de Baal, une escarboucle au front.

Deux fois teint d’écarlate et vêtu d’hyacinthe,
Comme un soleil, le Dieu reluit, rouge et doré,
Sur le socle de jaspe, au milieu de l’enceinte.

Mais s’il ne m’a vengé demain, j’abolirai
Son culte, et l’on verra se dresser à sa place
Le Veau d’or d’Éphraïm sur l’autel adoré.