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LES PARABOLES DE DOM GUY.

Mais qui, des profondeurs de cette obscurité,
Avait, plainte sinistre ou clameur meurtrière,
Un vrai son de blasphème et jamais de prière.
Et voici que j’ai vu la Ville où fut occis
Le tyran Julius en son orgueil assis,
La grande Rome, hormis l’antique populace
Des idoles, dont Christ en croix tenait la place.
J’ai vu, blême, en haillons, par la pluie et le vent,
Tout un peuple affamé, maigre, à peine vivant,
D’où sortait un sanglot désespéré, sauvage,
Comme en pousse la mer qui se rue au rivage ;
Et ce peuple assiégeait l’abord silencieux
D’un palais hérissé d’un triple rang de pieux,
De grilles et de crocs aigus et de murailles
Massives, qu’enlaçait un réseau de ferrailles.
Or, la foule, parfois se taisant, écoutait
Comme un sourd cliquetis qui de l’antre sortait.

Sous le dôme, à travers la voûte colossale,
J’ai vu, chose effroyable ! Au centre d’une salle
Éclatante, où brûlaient sept lampes au plafond,
Sur le pavé de marbre accroupi, comme font
Les bêtes, râlant d’aise, un fils d’Adam, un homme,
Ou, quel que soit le nom dont Belzébuth le nomme,
Un être abominable et rapace, acharné,
Ivre de sa débauche, et il illuminé,
Avec rage plongeant ses longues mains flétries
En des monceaux d’argent, d’or et de pierreries,