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POÈMES BARBARES.

Qui sonnaient et luisaient, pleins de flamboyements,
En tombant de sa bouche et de ses vêtements.

Cet argent était chaud de vos larmes amères,
Pauvres enfants tout nus et lamentables mères !
Il se nommait Traîtrise et Spoliation ;
Et c’était, nuit et jour, une exécration
Qui montait au Vengeur des faits illégitimes !
Cet or fumait du sang d’innombrables victimes :
Il se nommait Larcin à la pointe du fer,
Meurtre qui va battant l’écume de la mer,
Et guet-apens du Diable à l’Équité suprême !

Mais, — ô fange mêlée à l’huile du saint chrême ! —
Ces anneaux, ces colliers, ces nœuds de diamants
Avaient nom Simonie infâme et Faux serments ;
Et c’était pis que pleurs et sang des misérables,
Car c’était le trafic des deux Clefs adorables,
Ô Seigneur Christ, qui bus l’hysope avec le fiel !
C’était ta chair divine à l’encan, et ton ciel,
Jésus ! Et, tout autour de ce palais immonde,
Ceux qui souffraient étaient les chrétiens de ce monde :
C’était le troupeau maigre et sept fois l’an tondu
Dont le Berger rapace au Maître a répondu,
Et que lui-même, hélas ! Étant un loup féroce,
Sans relâche exténue, assomme avec la crosse,
Étrangle avec l’étole, et suspend au plancher,
Le ventre tout béant, comme fait un boucher !