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LES PARABOLES DE DOM GUY.

Avec loques d’orgueil, bannières et pennons
Où le diable inscrivait leur lignée et leurs noms.
Et c’était un amas de nations diverses :
Sarrasins de Syrie, Arméniens et Perses,
Et ceux d’Égypte et ceux de Tartarie avec
Le More grenadin, le Sarmate et le Grec.
Et ces troupes de pied et ces cavaleries,
Hurlant, les yeux hagards, haletantes, meurtries,
Se ruant pêle-mêle en tourbillons, rendant
L’écume de la rage à chaque coup de dent,
Sur la terre, Jésus, que ta croix illumine,
S’entre-mangeaient, ainsi qu’en un temps de famine.
Et les plus furieux, Seigneur, quels étaient-ils ?
Était-ce donc la horde aveugle des Gentils,
Ou ceux qui, pour nier à l’aise ta lumière,
Du fil de la malice ont cousu leur paupière ?

Non ! Les plus égorgeurs, hélas ! C’étaient tes fils,
Les rois, oints du saint chrême aux pieds du Crucifix,
Les peuples baptisés de ton sang adorable,
Tels que des chiens hurlant sur un os misérable,
Qui faisaient de la terre et de la Chrétienté
Un lieu de boucherie et de rapacité !
Et les trois Échappés de leur triple conclave
Soufflaient cet incendie et chauffaient cette lave !

Ah ! S’il faut que toujours le terrestre troupeau
Donne une issue à l’âme au travers de la peau,