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POÈMES BARBARES.

Et que le sang toujours, par les monts et les plaines,
Emplissant le ciel bleu de ses âcres haleines,
Fume dans l’holocauste éternel d’ici-bas,
Rends-nous la Foi vivante et les sacrés combats,
Ton amour, ô Jésus, avec ton espérance,
Comme aux jours des Philippe et des Loys de France,
Alors qu’un monde entier, plein de joie et priant,
Ta pure image au cœur fluait vers l’Orient !
Où les âmes, du corps périssable échappées,
Et ceintes de l’éclair sans tache des épées,
Montaient, laissant les fronts tranquilles et hardis,
Par leur chemin sanglant, au divin Paradis !
Car en ce temps, Jésus ! la mort, c’était la vie,
La gloire bienheureuse où ta grâce convie
Les héros trépassés autant que les martyrs,
Et toutes les vertus et tous les repentirs.

Mais en ce pré, champ clos immense de la haine,
La Colère broyait les morts pour la Géhenne,
Et, triomphant dans sa hideuse déraison,
D’un râle de damnés emplissait l’horizon !


VI


L’Esprit m’a descendu sur les grasses vallées
Tourangelles, durant les heures étoilées